Elle m'avait dit d'en profiter par avance. Et j'ai suivi ses recommandations à la lettre près. Avant même d'y arriver j'en profitais. Imaginais déjà ce week-end de retrouvailles. Mais étais bien loin d'imaginer ce qui m'attendait. Non. Bien loin du compte. Nous sommes vendredi vingt huit Novembre deux mille huit. Il est quatorze heures quarante et je viens tout juste de frôler le sol de cette gare. Mes yeux ne se lèvent même pas en direction du panneau d'affichage car je sais à quelle heure est mon train et sais que j'ai une petite heure d'avance. Mais qu'importe, je préfère attendre dans cette salle d'attente. Au chaud. Avec tout ces inconnus qui font la même chose que moi. Attendre. Une demi-heure plus tard mon train est annoncé. Avec surprise je dois l'avouer. Alors je récupère mon sac de cours. Car je n'ai que ca. Leur adresse un sourire d'au revoir. Et de courage pour certains qui attendent ce fameux train qui a un retard de plus de deux heures trente et qui affichent déjà des mines dépitées. Descends ces escaliers puis m'engouffre dans le mien. Quelques minutes plus tard le coup de sifflet retentit. Le train s'est rempli depuis que je m'suis assise à ma place. Et le voila qui s'en va. Je n'ai pas le courage à travailler. Je n'attends qu'une chose. Depuis deux jours maintenant. Le retrouver. Alors je préfère m'endormir pour que les une heure quarante cinq qui me sépare de lui passe plus vite. Et cela fonctionne parfaitement. Je suis sur le point d'arriver lorsque je sens mon portable vibrer dans la poche de mon manteau. Il dit qu'il est désolé parce qu'il ne pourra pas se libérer comme prévu. Des soucis le retiennent au travail, et ne viendra donc pas me chercher. On s'verra le soir venu à la maison. Sans broncher je ravale ma déception. Lui réponds et l'enfouis aussitôt après au fin fond de ma poche. Voila le train s'arrête. J'y suis. Une boule au ventre de déception qui ne me lâche pas. Même si avec utopie j'espère malgré tout voir le bout de son visage sur ce quai. Dans le froid. Mais rien. Il n'est pas là. Alors cette boule s'enfonce. Je relonge le quai sans un mot. Prostrée dans mon écharpe pour oublier ce froid qui me glace le visage. Machinalement je remonte cet escalator. Traverse cette gare, longe ce trottoir. Contourne cette seconde gare et prend l'escalier attenant à celle-ci. Puis longe cette passerelle immense et surpeuplée. Nous sommes vendredi. Il est dix sept heures trente et tout le monde rentre chez soi. Mes pas sont rythmés par le grincement des rails de chemin de fer sous le poids de ces RER qui ne cesse d'aller et venir. Quelques mètres sous moi. Sous nous tous. La passerelle traversée, je ressors près de cette autre gare. La contourne. Longe cet arrêt de bus. Traverse. Puis longe à nouveau ce long trottoir. Jusqu'à cette place. Puis cette rue. Puis notre rue. Je pense déjà en arrivant, à retourner me coucher. La fatigue du train ne m'a pas quitté. Je m'dis que je somnolerais en l'attendant. Me voila devant la porte de l'entrée. Tape le code puis entre. Attrape les clefs. En insère une première en dessous de ce bouton puis appelle l'ascenseur. Trois étages plus haut me voila à longer ce couloir. Qui m'ait apparu pour la première fois et m'apparait toujours comme un couloir de grand hôtel. Par sa décoration. Son style. Quelques mètres plus loin je suis devant chez nous. La clef glisse d'elle même dans la serrure, tourne. Puis la porte s'ouvre. Si peu pour que je puisse voir cette petite lumière s'échapper. Je m'sens me figer sur place. N'ose plus bouger. Ni même avancer. Cette boule au ventre ce fait à nouveau sentir. Mais ce n'est plus de la déception mais bien de la surprise. Du je n'sais quoi. Mais qui vous retourne le coeur et l'ventre en moins d'une fraction d'seconde. La porte glisse. S'ouvre d'avantage. Je découvre cette petite bougie. Allumée. Posée sur le meuble de l'entrée. Puis ce bouquet de roses apposé sur la poignet de porte devant moi. Avec ce petit mot qui l'accompagne. J'entre sans un mot. Le ventre en miette. Referme la porte. Puis entends cette musique se déclencher. Cette musique que j'aime tant. Ce groupe que je m'passe en boucle depuis Juillet dernier. Je dépose mon sac. Ote mon écharpe. Mon manteau et réalise peu à peu ce qui se passe. Sans véritablement savoir ce qui m'attend derrière cette porte. Le sourire se dessine instinctivement sur mon visage. Je m'sens partagée. Entre l'idée de n'pas aller plus loin. Savourer déjà ce qui se présente à moi. Et puis l'idée de découvrir ce qui se cache derrière. Je tremble. Attrape ce joli bouquet et le mot qui l'accompagne. En déguste les mots puis ose pousser cette porte. Lentement. Doucement. Afin de découvrir notre salon plongé dans cette ambiance de douce clarté. Toutes ces bougies allumées. Puis l'aperçois. Le vois. Assis dans ce fauteuil. Me regardant avec ce sourire au coin des lèvres. Je découvre la table si joliment dressée sur notre grande table basse. Avec ce grand chandelier rond et ses huits grandes bougies. J'ai l'impression de rêver. Sans un mot il se lève et s'approche. Nos lèvre se retrouvent. Nos bras s'enlacent et mon coeur lâche. La surprise de le voir ici. De voir ce qu'il avait préparé. Cette surprise. Si grande. D'être à mille lieux de s'attendre à cela. Puis surtout. La joie de se retrouver. Enfin. Même si cela ne faisait que quatre jours que nous ne nous étions pas vu. Nos mains se cherchent. Se perdent. S'égarent. Se retrouvent. Les retrouvailles de nos lèvres laissent place aux retrouvailles de nos deux corps. Le plaisir de sentir la douceur. La chaleur. De l'autre contre soi. De savourer ce moment comme à chaque fois que l'on se retrouve. Peu importe le nombres de jours passés loin de l'autre. L'émotion ne fait qu'aller crescendo. Je la sens. La sens qui menace de sortir. Et qui finira par s'exprimer. Après ce doux moment. Le serrer fort contre moi et sans aucun mot ni bruit. Ni même préméditation. M'effondrer en larmes. D'un seul coup. Pleurer. Le voir me regarder. Avec tendresse. Voir ses yeux briller. De me voir répondre ainsi à sa surprise. De me voir si comblée de bonheur. Si heureuse. Parce qu'il ne le savait pas avant. L'ignorait totalement. Pensait même l'inverse. Parce qu'il ne savait pas, jusqu'à ce fameux jour. Cette fameuse discussion. Que oui. J'étais ce genre de femme. A aimer les clichés. A m'accrocher à ceux-ci ainsi qu'à ces détails. Si petit soient-ils. Comme se retrouver là. Dans le lit. Allongés l'un à coté de l'autre. Dans le noir. Les yeux fixés en direction du plafond. Puis après quelques minutes. L'appeler. L'entendre me répondre par un grognement puis lui murmurer sur le même ton de voix. " Je t'aime . . . " et voir son sourire se dessiner sur son visage, même dans le noir et sentir ses bras venir me chercher et m'attirer à lui. Ou bien se retrouver sur cette plage. Dans cette ville d'ou il m'avait écrit sa toute première lettre sans imaginer un seul instant que plusieurs mois plus tard nous y retournerions ensemble. Qu'on se trouverait là. Assis sur cette plage. Assise sur ses genoux. Devant ce couché de soleil aux couleurs digne d'un tableau. A écrire dans le sable nos deux prénoms. Ces deux surnoms qui sont devenus au fil de cette année comme nos deux prénoms respectifs. Et y ajouter un coeur au bout. Oui ce sont des clichés. De purs et simples clichés. De simples détails. Mais qui sont pour moi un tout. Qui font que. Alors oui, avant cette discussion il ne savait pas que j'étais ce genre de femme. Une de celle au coeur émotif, qui se laisse submerger par l'émotion d'un film qui la touche et la prend au plus profond et n'hésite pas à verser une larme ou plus quand il le faut. Et cela le touche. Au plus haut point lui. Ne savait pas que j'étais une de ces femmes au coeur émotif qui attache sa vie a des clichés et des détails. Et qui est par dessus tout. Cerise sur le gateau. Romantique au plus haut point. Parce qu'elle perçoit sa vie. Celle-ci comme un livre et fait tout pour qu'il en soit ainsi. Pour qu'elle puisse en être l'écrivain et l'actrice. Non tout ça il ne le savait pas. Et quelle ne fut pas sa surprise en découvrant cela. Découvrir que cette jeune femme qui se trouvait à ses côtés et partageait sa vie depuis plus d'un an à présent était plus ou moins comme lui. Attendait ce qu'il désirait faire. Lui faire. Lui offrir. Ne cesser de la surprendre. Encore et toujours. Alors oui. Ce soir là. Il venait de le faire. De réaliser ce cliché. C'en était un. Mais qu'importe. J'en rêvais. En avais envie. Et il l'a fait. Une fois l'émotion redescendue. Nous nous sommes installés devant cette jolie table et avons savouré ce délicieux repas en tête à tête, qu'il avait préparé. Une surprise. Une soirée inoubliable. Digne de belles retrouvailles. Puis le week end s'est enchainé. Le lendemain nous nous rendions pour faire les magasins à la recherche de décoration de noël. Avant de pouvoir l'après-midi venu. Le soir venu. Monter et décorer ensemble notre sapin. Notre premier sapin. Pour notre tout premier noël. Quel plaisir de partager ce moment. D'accomplir ce fait. Accompagner une fois de plus de nombreuses photos. Lesquelles nous ont accompagné durant tout le week end. Jusqu'à la dernière minute. Jusqu'à ce qu'arrive le dimanche. Avec sa tristesse et son envie de rien. Son envie de n'rien faire car on sait que l'autre va partir. Alors le temps nous file entre les doigts. On tente de savourer les derniers instants comme si s'étaient les premiers. Jusque sur le quai de gare. Ou il se plait à me dire un semblant de sourire aux lèvres que je vais rentrer chez moi et que c'est bien. Que je vais retrouver mes petites affaires. Et ou je me plais à lui dire et ou il se plait à m'entendre lui dire. Que je n'rentre pas chez moi mais chez mes parents. Que chez moi, même si toutes mes affaires n'y sont pas encore, c'est ici. Avec lui. A Paris. Dans cet appartement. Point.